HAUTE PARFUMERIE

Vendredi 5 février 2010

BOND… JAMES BOND

Bond est l’archétype du séducteur mâle qui fait fondre l’anode et la cathode de la raison féminine. Toutes cèdent sous les assauts conjugués de son regard bleu antarctique et de son accent d’Oxford. Dans Casino Royale, Solange, femme d’un narcotrafiquant, succombe au mytérieux charme de l’agent du MI6… et en fait les frais. Et dans Quantum of Solace, c’est l’Agent Strawberry Fields qui se donne corps et âme… avant de rendre cette dernière. C’est Vepser Lynd, interprétée par la sublime Eva Green, qui semble (de manière temporaire en tous cas) imunisée contre le pouvoir de séduction de Bond. Elle le lui fait comprendre durant leur légendaire rencontre férroviaire:

Vesper (en guise de présentation): Je suis le porte-monnaie.

Bond: On en a pour son argent.

Vesper tend sa carte à Bond

Bond: « Vesper »? J’espère que vous l’avez fait payer à vos parents.

Vesper: Votre boss a le bras long on dirait, je n’ai jamais vu une somme pareille sortir aussi vite.

Bond: Ni avec autant de classe…

Vesper: Vous voulez dire que ce n’est qu’affaire de probabilités et de risques ? Je croyais qu’il y avait une part de hasard.

Bond: Seulement si on suppose que la meilleure main l’emporte.

Vesper: C’est ce que vous devez appeler « bluffer ».

Bond: Vous connaissez le terme… Vous devez donc savoir qu’un joueur de poker ne mise pas sur ses cartes mais sur le joueur d’en face.

Vesper: Et personne n’a de secret pour vous.

Bond: Rarement. C’est pourquoi je suis à même de déceler des traces de sarcasme dans votre voix.

Vesper: Ca me rassure, notre argent est entre de bonnes mains.

Bond: Vous pensez que ce n’est pas un bon plan, n’est-ce pas ?

Vesper: Parce qu’il y a un plan ? J’avais l’impression qu’on allait risquer des millions de dollars et des centaines de vies sur un simple jeu de hasard. Que devinez-vous d’autre, monsieur Bond ?

Bond: Sur vous, Mademoiselle Lynd ? Que votre beauté pose problème. Vous craignez qu’on ne vous prenne pas au sérieux.

Vesper: Ca, c’est vrai de toutes les filles séduisantes qui ont un peu de cervelle.

Bond: Oui, mais celle-ci veut surcompenser en s’habillant de façon un peu trop masculine, elle est plus agressive que ses collègues féminines, ce qui la rend quelque peu piquante à vrai dire, et elle a paradoxalement moins de chance d’arriver à se faire accepter et promouvoir par ses supérieurs masculins, qui prennent son manque d’assurance pour de l’arrogance. Je crois que normalement j’aurais parié fille unique mais, comme vous n’avez pas relevé ma remarque sur vos parents, je pense miser sur orpheline.

Vesper: D’accord… D’après votre costume vous êtes allé à Oxford ou l’équivalent et vous croyez que les être humains portent ce genre de choses, et vous le faites avec un tel dédain… Je dirais que vous venez d’un milieu modeste, et que vos camarades ne vous l’ont jamais pardonné. Vous devez donc vos études aux bonnes grâces d’une personne étrangère, d’où ce comportement aigri, et comme vous avez tout de suite pensé que j’avais perdu mes parents, je dirais que c’est vous l’orphelin.

Bond:

Vesper: Oh, vous l’êtes ? Je commence à aimer le poker… Et ça tombe vraiment sous le sens : le MI6 recrute des hommes mal dans leur peau, qui ne voient pas d’objection à sacrifier les autres afin de protéger le pays et la reine. Vous savez ? Comme des ex des services spéciaux aux sourires faciles et aux montres hors de prix… Rolex ?

Bond: Omega.

Vesper: Magnifique. Comme je viens de vous rencontrer je n’irai pas jusqu’à vous traiter de salaud au coeur de pierre.

Bond: Non, bien entendu…

Vesper: Mais je peux imaginer sans peine que les femmes représentent plus pour vous des plaisirs à la chaîne que des objets de conquête. Alors si charismatique que vous soyez monsieur Bond, je compte bien veiller de près sur l’argent du gouvernement plutôt que sur votre exceptionnel petit cul.

Bond: Vous avez remarqué !?

Vesper: Même les comptables ont de l’imagination… L’agneau était bien ?

Bond: Grillé… et je compatis

Vesper: Et bien bonsoir monsieur Bond.

Bond: Bonsoir mademoiselle Lynd.

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