DEUXIEME BLESSURE NARCISSIQUE
Blessure narcissique… deuxième.
La première était déjà douloureuse : si la Haute Parfumerie s’est trouvée heurtée dans son égo par l’ambition de certains maroquiniers et autres fabricants de bustiers qui, en voulant maîtriser le monde des odeurs, ont perverti l’art plus qu’il ne lui ont apporté, il est une autre blessure, plus insoutenable encore, qui ne lui a pas été épargnée. Le caractère insoutenable de cette nouvelle écorchure relève de sa jeunesse et du traitement barbare qu’on lui a fait subir: au lieu d’y appliquer un baume, on l’a frottée sans ménagement de gros sel… celui de l’artificiel et du superflu.
Cette deuxième blessure est l’avènement des bien nommées eaux de toilettes de célébrités.
Petit état des lieux (loin d’être exhaustif) :
- Hidden Fantasy, de Britney Spears
- Paris Night, de Céline Dion (sa sixième eau de toilette)
- Xpose, de Christina Aguilera
- Glow, de Jennifer Lopez
- Kate, de Kate Moss
- Sweet Darling, de Kylie Minogue
- M, de Mariah Carey
- Cancan, de Paris Hilton (sa troisième eau de toilette)
- Lovely, de Sarah Jessica Parker
- True Star, Beyoncé
- With Kisses de Naomi Campbell
- …
Les eaux de toilette de célébrités sont au Parfum ce que le kleenex est au mouchoir : du jetable, de l’éphémère empaqueté dans de l’épiphénomène. Le cycle de vie de ces jus est extrêmement court. Ils naissent dans une explosion marketing qui éclabousse les pages de magazines et les « trois par quatre » des grandes métropoles internationales. Ils se vendent en quantité industrielles et disparaissent plus vite qu’ils ne sont apparus sur les linéaires des grandes surfaces de la parfumerie. Ces eaux de toilettes de célébrités sont, en réalité, de tristes élixirs dépourvus d’une histoire que l’on espère compenser par les seuls noms de leurs muses.
Il est temps de rendre à la Haute Parfumerie les lettres de noblesse que Britney Spears la roturière lui a ravies.