LA VENDEUSE DE SEPHORA
La boutique virtuelle est au cœur de ce qui différencie bébé racaille de Viktor & Rolf, Dior et Kenzo. Toutes ces marques confient leurs créations aux supermarchés de la parfumerie en espérant que ces derniers sauront expliquer aux clientes ce qui les fondent.
Erreur monumentale.
Le nombre de fragrances et de jus à disposition, le turnover des vendeuses qui sont, pour la plupart, des étudiantes essayant d’arrondir leurs fins de mois, font que les supermarchés de la parfumerie sont incapables de représenter correctement chacune des marques qu’ils proposent.
Les vendeuses sont formées sur le tas. On leur enseigne un vocabulaire de fortune pour leur donner un semblant de connaissance en la matière… « capiteux »… « hespéridés »… « floral »… « boisé »… des mots qu’elles répètent à l’envi, sans vraiment en connaître la définition.
Récemment, après avoir erré comme une âme en peine dans les rayons de chez Séphora , une petite blonde à la bouche délicate vint poliment interrompre mes recherches en me proposant de me faire découvrir la nouvelle fragrance d’Emilio Pucci, qui, elle en était persuadée, allait beaucoup me plaire. C’était si gentiment demandé que je décidais de la suivre. Elle se lança sans sa démonstration commerciale, en aspergea une mouillette et me la tendit : « c’est très floral… très parfum d’été. Ce sont des notes acidulées qui sont en accord avec ce que Pucci fait avec ses vêtements. En effet, ce nouveau créateur se plaît à créer des robes très colorées, des vêtements pastels, des tenues qui rappellent l’été ». Je sentais la mouillette pensivement, écoutant attentivement le discours de mon interlocutrice avant de la couper « nouveau créateur dites vous ? Je pensais qu’Emilio Pucci n’en était pas à ses débuts ». Elle se reprit : « non je vous assure, c’est un jeune créateur italien plein de potentiel qui a récemment fait fureur à la fashion week milanaise ». Je souris, la remerciais pour cette présentation intéressante et pris la direction de la sortie.
Voici une biographie sommaire d’Emilio Pucci… peut on dire d’un homme que ses créations font actuellement fureur sur les podiums milanais quand on sait qu’il est né en 1914 et mort en 1992 ?
Si vous vous demandiez pourquoi bébé racaille refuse de vendre ces créations dans les supermarchés de la parfumerie, vous ne vous le demanderez plus.
