LE FLACON DE « VV »
Chanel N° 5 est à la parfumerie ce que Madea est à une famille afro-américaine: une grand mère. Son grand âge et son odeur de savon façon pensionnat de jeunes filles, nous rappellent la naphtaline et le talc dont les mamies s’aspèrgent à grande eau et se poudrent à l’excès . La légende qui entoure sa création montre, toutefois, combien Coco Chanel fut une créatrice d’avant-garde doublée d’une visionnaire…
Du temps de Mademoiselle, les parfums étaient plutôt monofloraux… de la violette… de la fleur d’oranger… de la rose. On camouflait alors la simplicité du jus en l’enfermant dans d’extravagantes bouteilles. On affamait le nez… on éblouissait les yeux… et le monde entier semblait se satisfaire de cette supercherie.
Le monde entier… sauf Mademoiselle qui, elle, trouvait ces procédés profondémment ennuyeux… pour ne pas dire ridicules. L’ordre de mission qu’elle communiqua au parfumeur Ernest Beaux montre à quel point elle méprisait ces artifices:
« Je veux tout dans le parfum… et rien dans le flacon »
Elle fut entendue. La bouteille choisie pour emprisonner N°5 fut séléctionnée dans le clinquant d’une verrerie de laboratoire. Peu de gens savent que le désormais célèbre flacon du numéro N°5 trainaît sur la paillasse d’un labo au milieu d’erlens et autres béchers…
Bébé racaille embrasse cette vision de la Haute Parfumerie à pleine bouche: Vengeance Vaudoue, c’est d’abord un jus exceptionnel. Un »déjà-classique » qui habite un flacon qui ne se la raconte pas. Le concept d’une Haute Parfumerie alternative ne peut s’exprimer que si le contenant s’efface devant le contenu.
Quand tous oublient l’essentiel, bébé racaille le leur rappelle humblement…
