LE PARFUM
« Qui maîtrise les odeurs, maîtrise le cœur de l’humanité. »
On ne peut parler du parfum sans citer Süskind, un des seuls à avoir réussi l’exploit d’emprisonner les senteurs dans des mots. Des senteurs qu’il a sublimées dans le sens alchimique du passage de l’état gazeux à l’état solide. Mais plus que la performance de l’écrivain, c’est la justesse du propos qui interpelle : le parfum a, de tout temps, captivé les imaginations. Il porte en lui une mystique. Il capte l’attention. Il ensorcelle.
A l’époque de l’Egypte ancienne déjà, le parfum était l’apanage des dieux et des pharaons. Cléopâtre, la plus grande tentatrice que la terre ait jamais portée, était obsédée par ces rares essences qu’elle enfermait dans de précieux flacons. Chacune des mises en scène qu’elle créait, pour maintenir César puis Marc Antoine sous son emprise, était embaumée des fragrances les plus délicates. Les couloirs qui menaient à sa chambre royale étaient constamment parsemés de pétales de fleurs blanches. Pas un jour ne se passait sans qu’elle frotta sa peau d’onguents parfumés, sans qu’elle n’aspergea ses vêtements d’élixirs capiteux. Même son navire n’échappait pas à ce délire des odeurs puisqu’elle en faisait parfumer les voiles.
Louis XIV, lui, demandait à son parfumeur particulier de lui créer une nouvelle fragrance chaque jour. Louis XV donnait des réceptions au cours desquelles ses laquais lâchaient des colombes dont on avait préalablement parfumé le plumage. Chaque battement d’ailes libérait une subtile odeur qui enchantait les convives. Au XVIIIème siècle, la Marquise de Merteuil de Choderlos de Laclos et ses contemporaines dépensaient une fortune en parfums et poudres odorantes dont elles recouvraient leurs corps, toilettes et perruques. C’est au XIXème siècle que la parfumerie est devenue l’art subtil et raffiné que l’on connait. De prestigieuses Maisons de Parfumeurs telles celles de Guerlain et Houbigant virent le jour qui créèrent des parfums en petites quantités pour les riches aristocrates, les héritières des familles royales et les femmes et maîtresses des nouveaux capitaines d’industrie. Ces boutiques exclusives se consacraient entièrement à la parfumerie de luxe, une discipline qui exige d’un Maître Parfumeur talent, créativité et une connaissance encyclopédique des milliers d’odeurs qui compose sa palette. Le parfum devint un objet aussi essentiel à la garde robe des élégantes que les robes faites sur mesure. Quand les masses se douchaient d’Eau de Cologne, les connaisseuses rehaussaient leur présence de deux touches de parfum subtil.
Privilège des rois. Secret des sultanes. Murmure de l’élégance. Le parfum n’est plus rien de cela aujourd’hui.
On l’a sauvagement assassiné dans son lit…
