Seconde note de fonds de Vengeance Vaudoue, l’ambre est une note indispensable aux parfums orientaux. C’est elle qui prolonge le sillage et lui donne cette force veloutée. L’ambre utilisé en parfumerie ne doit pas être confondue avec la pierre (photo de l’article). La note ambrée qui nous interesse provient de la distillation de la sauge sclarée, qui donne une concrète inestimable pour qui veut traduire la sensualité dans la langue des odeurs.
Le côté musqué, voire animal de cette note fait murmurer à certains qu’on s’approche de l’odeur de la peau…
Il n’y a pas de choix anodin: on ne partage l’odeur de sa peau avec personne. On ne partage celle de Vengeance Vaudoue qu’avec peu…
Les notes de fonds achèvent la toile pastellée de Vengeance Vaudoue par un tatouage olfactif plus sombre. Tatouage car ces notes de fonds, comme l’encre du tatoueur, pénètrent profondémment l’épiderme et se fixent pour toujours sur la peau d’un carré d’Hermès ressorti de son tiroir l’hiver suivant.
La première note de fonds ressemble d’ailleurs à l’aiguille qui trace le dessin indélébile sur la peau: une écharde de bois de santal. Ce bois précieux, vénéré par l’humanité depuis maintenant 4000 ans, ne fait partie de la palette des Parfumeurs que depuis le XIXème siècle. Ces derniers l’apprécient pour sa ténacité et son côté poudré/lacté. On retrouve souvent le bois de santal dans les parfums dits « orientaux ».
Le bois de santal utilisé pour la fabrication de Vengeance Vaudoue provient de la région indienne du Mysore, là où l’on trouve la meilleure qualité… incidemment la plus coûteuse.
Le titre laisse supposer qu’il sera ici question d’une suite à la plus célèbre création de Mademoiselle. Il n’en est rien. Sonia, une des premières Perfumistas de bébé racaille et propriétaire du flacon n°6, a gentiment accepté de répondre à un questionnaire proustien sans prétention. La photo qui illustre cet article est celle de son Vengeance Vaudoue… accompagnée d’un objet cher à son coeur.
1. Pourquoi avoir choisi cet objet sur la photo ?
Un bracelet qui appartenait à ma Mère.
2. Votre première rencontre avec le parfum ?
Attente insupportable, découvert au fond de mon canapé, sans regrets aucuns, marquée pendant longtemps.
3. L’odeur qui vous émeut ?
A l’aube, l’odeur de la nature.
4. Quelle est votre fleur préférée ?
Le coquelicot, pour son coté sauvage parce qu’il meurt quand on le cueille, la seule fleur que je connaisse qui soit vraiment éphémère.
6. Votre plus gros trésor mode ?
Un sac vintage Dior marine, in-trou-vable.
7. Qu’est-ce que le luxe pour vous ?
Passer du temps avec ceux que j’aime.
8. Qu’avez-vous aimé dans Vengeance Vaudoue ?
Sa note de fond entêtante.
9. En amour c’est plutôt, « œil pour œil, dent pour dent »…ou «je préfère tendre l’autre joue » ?
Je préfère tendre l’autre joue, c’est ça l’amour non ?
10. La vengeance est-elle un plat qui se mange froid… ou brûlant ?
Glacial.
11. Y-a-t-il une place pour le pardon en amour ?
En amour il n’y a de place que pour le pardon, mais pas pour l’oubli.
12. Un son hip-hop, Soul, RnB qui tourne en boucle dans votre iPod en ce moment ?
L’album Once Againde John Legend.
13. Un créateur de mode que vous appréciez particulièrement ?
Karl et ce qu’il fait pour Chanel… pour l’élégance.
14. Un manga ou un personnage de Manga préféré ?
Un manga, sans hésitation Gunnm
15. Votre devise, citation ou proverbe ?
Il y deux sortes de gens : ceux qui peuvent être heureux et ne le sont pas et ceux qui cherche le bonheur sans le trouver.
Originaire du nord-ouest montagneux indien, le Jasmin se récolte en quantité dans le pays de Nehru et celui des Pyramides. On trouve également cette fleur, qui a donné son nom à l’amoureuse d’Aladin, au Maroc, en Italie et en France.
S’il est vrai que le jasmin fleurit entre juin et octobre, ce sont les fleurs cueillies en juillet et août qui donnent la meilleure absolue… utilisée par les plus grands Maîtres Parfumeurs qui aiment la marier à la rose pour obtenir cette odeur fruitée, poudrée, voire animale. Ils sont ainsi les continuateurs des Perses qui utilisaient l’extrait de jasmin pour embaumer l’air des Palais. Vénéré par les poètes des 1001 nuits, qui y ont souvent eu recours pour décrire les princesses, symbole de la féminité au temps des grandes dynasties chinoises, le jasmin, comme sa sœur la rose, imbibe, depuis des siècles, les pages de la littérature amoureuse.
Dans Vengeance Vaudoue, le jasmin éclate comme pendant sa floraison. Il est là où on ne l’attend pas.
Boulimie, redondance, étalage, accumulation, tous les synonymes du tas et du trop s’appliquent à la parfumerie contemporaine.
L’énorme multiplication des eaux de toilettes est une traîtrise à l’idée pure et originelle d’une odeur que l’on aurait créée pour une caste de privilégiées. Rien ne parvient à cacher le bouillonnement de médiocrité qui tire l’art du Parfum vers le bas… pas même la cohue de leurs flacons qui s’entrechoquent dans des bruits de quincailleries.
15 milliards de dollars… c’est l’équivalent en monnaies sonnantes et trébuchantes des quantités de jus écoulées dans les immenses bourses à l’Eau de Cologne qui parsèment les artères des grandes villes.
Plus de 200 nouveaux parfums sont lancés chaque année.
Une profusion absurde. Une réalité où l’on tente, à coup de millions, de travestir le banal et le lieu commun en tentant de les faire passer pour de l’exclusif.
Vengeance Vaudoue oppose le singulier au multiple. Le peu au trop.
Aucun de ses 999 flacons numérotés ne ressemble à l’autre… tout comme les Perfumistats qui les possèdent.
Le parfum n’est réellement entré dans la garde robe des élégantes qu’au XIXème siècle, au même titre que les toilettes taillées sur mesure par les grands couturiers de l’époque. Le vulgum pecus a également eu son « parfum »: l’Eau de Cologne… concoction à base d’extrait de parfum lourdement dilué dans de l’eau citronnée ou celle de fleur d’oranger. Cette préparation a connu son heure de gloire durant les années 1920-1930… la fin de cette période vit la naissance de l’eau de toilette: les grandes maisons du Luxe diluaient leurs parfums entre 6 et 12% afin d’obtenir ces versions moins onéreuses que les solutions mères, mais assez puissantes pour leur donner une aura de luxe. L’Eau de Toilette a été le Cheval de Troie utilisé pour conquérir les masses.
Dans les années 80, apparut les premières Eaux de Parfum. Plus capiteuses. Plus présentes. L’odeur se mettait alors à faire du camping sauvage sur la peau… pour le plus grand plaisir des victimes du sillage de qui les portaient. Une Eau de Parfum affiche une concentration qui oscille entre 13 et 20%.
Puis vient le parfum… tellement concentré que deux gouttes sur une gorge fragile suffisent à embaumer celles qui le choisissent. Sa concentration varie de 16 à 30%. Ces derniers ne constituent qu’une petite fraction des ventes de parfums.
Bond est l’archétype du séducteur mâle qui fait fondre l’anode et la cathode de la raison féminine. Toutes cèdent sous les assauts conjugués de son regard bleu antarctique et de son accent d’Oxford. Dans Casino Royale, Solange, femme d’un narcotrafiquant, succombe au mytérieux charme de l’agent du MI6… et en fait les frais. Et dans Quantum of Solace, c’est l’Agent Strawberry Fields qui se donne corps et âme… avant de rendre cette dernière. C’est Vepser Lynd, interprétée par la sublime Eva Green, qui semble (de manière temporaire en tous cas) imunisée contre le pouvoir de séduction de Bond. Elle le lui fait comprendre durant leur légendaire rencontre férroviaire:
Vesper(en guise de présentation): Je suis le porte-monnaie.
Bond: On en a pour son argent.
Vesper tend sa carte à Bond
Bond: « Vesper »? J’espère que vous l’avez fait payer à vos parents.
Vesper: Votre boss a le bras long on dirait, je n’ai jamais vu une somme pareille sortir aussi vite.
Bond: Ni avec autant de classe…
Vesper: Vous voulez dire que ce n’est qu’affaire de probabilités et de risques ? Je croyais qu’il y avait une part de hasard.
Bond: Seulement si on suppose que la meilleure main l’emporte.
Vesper: C’est ce que vous devez appeler « bluffer ».
Bond: Vous connaissez le terme… Vous devez donc savoir qu’un joueur de poker ne mise pas sur ses cartes mais sur le joueur d’en face.
Vesper: Et personne n’a de secret pour vous.
Bond: Rarement. C’est pourquoi je suis à même de déceler des traces de sarcasme dans votre voix.
Vesper: Ca me rassure, notre argent est entre de bonnes mains.
Bond: Vous pensez que ce n’est pas un bon plan, n’est-ce pas ?
Vesper: Parce qu’il y a un plan ? J’avais l’impression qu’on allait risquer des millions de dollars et des centaines de vies sur un simple jeu de hasard. Que devinez-vous d’autre, monsieur Bond ?
Bond: Sur vous, Mademoiselle Lynd ? Que votre beauté pose problème. Vous craignez qu’on ne vous prenne pas au sérieux.
Vesper: Ca, c’est vrai de toutes les filles séduisantes qui ont un peu de cervelle.
Bond: Oui, mais celle-ci veut surcompenser en s’habillant de façon un peu trop masculine, elle est plus agressive que ses collègues féminines, ce qui la rend quelque peu piquante à vrai dire, et elle a paradoxalement moins de chance d’arriver à se faire accepter et promouvoir par ses supérieurs masculins, qui prennent son manque d’assurance pour de l’arrogance. Je crois que normalement j’aurais parié fille unique mais, comme vous n’avez pas relevé ma remarque sur vos parents, je pense miser sur orpheline.
Vesper: D’accord… D’après votre costume vous êtes allé à Oxford ou l’équivalent et vous croyez que les être humains portent ce genre de choses, et vous le faites avec un tel dédain… Je dirais que vous venez d’un milieu modeste, et que vos camarades ne vous l’ont jamais pardonné. Vous devez donc vos études aux bonnes grâces d’une personne étrangère, d’où ce comportement aigri, et comme vous avez tout de suite pensé que j’avais perdu mes parents, je dirais que c’est vous l’orphelin.
Bond: …
Vesper: Oh, vous l’êtes ? Je commence à aimer le poker… Et ça tombe vraiment sous le sens : le MI6 recrute des hommes mal dans leur peau, qui ne voient pas d’objection à sacrifier les autres afin de protéger le pays et la reine. Vous savez ? Comme des ex des services spéciaux aux sourires faciles et aux montres hors de prix… Rolex ?
Bond: Omega.
Vesper: Magnifique. Comme je viens de vous rencontrer je n’irai pas jusqu’à vous traiter de salaud au coeur de pierre.
Bond: Non, bien entendu…
Vesper: Mais je peux imaginer sans peine que les femmes représentent plus pour vous des plaisirs à la chaîne que des objets de conquête. Alors si charismatique que vous soyez monsieur Bond, je compte bien veiller de près sur l’argent du gouvernement plutôt que sur votre exceptionnel petit cul.
Bond: Vous avez remarqué !?
Vesper: Même les comptables ont de l’imagination… L’agneau était bien ?
Le propre de la femme, c’est de vouloir être désirée à l’infini. Capter l’attention. Captiver les imaginations.
Le propre de l’homme, c’est d’être distrait en amour et peu expansif dans la démonstration de ses sentiments.
Alfie est l’exception qui confirme le fantasme.
Quand il désire, il assaille, il conquiert même si ce désir n’est l’affaire que d’un instant: sa philosophie amoureuse est belliciste et le blitzkrieg n’a plus de secret pour lui. Qu’importe ses traîtrises passagères, sa malhônneteté chronique et son immoralité maladive. Tout lui est pardonné. Pire… certaines vont jusqu’à lui trouver des charmes dans sa bassesse. Parce que quand Alfie est amoureux, il n’entrave pas ses passions, il sait déposer l’armure devant la Femme Forteresse… qui lui ouvre alors son pont-levis. En amour il est volontiers esclave, et la maîtresse est toujours flattée par tant d’égards. Pour celles qui résistent aux yeux de braises d’Alfie, c’est la curiosité qui les pousse dans la chaleur de ses bras: un homme qui a fait succomber la moitié des filles de Paname doit avoir un secret… il faut alors qu’elles sachent lequel…
Et puis Alfie n’a pas son pareil pour tourner un joli compliment. Quand on sait que les femmes sont sensibles aux belles lettres, on comprend pourquoi elles acceptent toujours de jouer avec ce chat taquin…
… jusqu’à ce qu’elles réalisent que, dans ce jeu cruel, la pelote de laine, c’est elles…
A cette fleur d’oranger se mêle une rose dont le piquant du parfum rappelle ses épines : on ne se saisit jamais d’elle sans périls.
Après la fleur d’oranger, c’est la rose qui palpite dans le coeur de Vengeance Vaudoue. Originaire d’Asie Mineure, on la cueille principalement dans le sud de la France, dans la Vallée des gorges du Dadès marocain, en Turquie et en Bulgarie. La rose fascine l’Humanité depuis 3000 ans, les égyptiens et les babyloniens l’utilisaient déjà dans la fabrication de leurs parfums et produits cosmétiques.
Il faut quatre à cinq tonnes de ces fleurs pour obtenir un seul kilo d’essence de rose… dont l’absolue est un incontournable de la création en Haute Parfumerie.
Vengeance Vaudoue a pris de la fleur non seulement ses pétales, mais aussi ses épines. Si la rose est le symbole de l’amour, les griffes dont elle pare sa tige rappellent que le sentiment amoureux est indissociable de la douleur…