LA VENGEANCE N’EST PAS UN MAGNUM
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« La vengeance est un plat qui se mange froid. »
Cette « sagesse » millénaire rendue célèbre par les échanges épistolaires des Liaisons Dangereuses, montre que l’ancienneté du principe ne met pas ce dernier à l’abri de l’imbécilité. Mais nous y reviendrons.
Constatons d’abord que le sens du proverbe s’est frelaté avec les années. Aujourd’hui, dire de la vengeance qu’elle est un plat que chacun préfère manger en salade plutôt que cuit à la broche, signifie qu’il est plus judicieux de se faire oublier de celui qui nous a blessé afin d’endormir sa vigilance, pour mieux lui porter ensuite l’estocade. La victime pensait que la hache de guerre était six pieds sous terre alors que tu la portais à la taille façon Ursula Andress.
Ce sens ne correspond pas à la conception qu’on retrouve dans une littérature plus ancienne. La Grèce Antique nous a laissé l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote en même temps qu’une philosophie qui a fait du corps la prison de l’âme et des passions les plus viles des conseillères. Quand les philosophes font de la vengeance un Magnum tout droit sorti du congélateur… c’est pour mieux inciter à ne pas réagir « à chaud », sous l’emprise des émotions.
Le sens originel du proverbe est donc… les passions obscurcissent le jugement… laisse le temps apaiser ta colère et tu te rendras toi-même à l’évidence que la vengeance est une vaine entreprise…ou, pour citer le Mahatma Ghandi: la pratique généralisée de « oeil pour oeil » rendra l’humanité aveugle.
Quelle stupidité que ce proverbe…
Nous devrions mettre notre ressentiment au frais pendant que l’autre connard est bien au chaud à se taper un cadavre siliconé? Et puis quoi encore? Celles qui pensent que les vengeances se bonifient avec l’âge se racontent des histoires… les vengeances vieillissent mal. Elles moisissent. Elles sont délicieuses à la sortie du four et se dégustent sur le pouce. Et puis Platon et ses potes devraient un peu la fermer et relire leurs classiques: Homère disait déjà dans l’Illiade que la vengeance était plus douce que le miel! Et Racine! Racine pousse le vice encore plus loin quand il fait dire à Andromaque: « ma vengeance est perdue s’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue »…
La vengeance est un kiffe que seule une femme blessée qui se fait justice elle-même peut comprendre.